Éloïse Harvey - Propulser une entreprise régionale sur la scène mondiale

En quête d’une expérience internationale, c’est au sein de l’entreprise familiale qu’Éloise Harvey a finalement pris son envol… pour transformer Mecfor en leader mondial. Aujourd’hui, elle poursuit son chemin pour prendre la relève de son père au sein du Groupe Ceger. Depuis sa tendre enfance, Éloïse Harvey baigne dans le monde du génie. « Chaque vendredi après l’école, mon père m’amenait sur les chantiers et le contremaitre me faisait faire le tour », raconte-t-elle aujourd’hui.

Mais comme tous les adolescents, elle s’était mise dans la tête qu’elle ne voulait pas travailler pour son père, Jeannot Harvey, qui était à la tête du Groupe Ceger, une entreprise regroupant Cegertec, Cegerdev, Cegerco et Mecfor. Elle décide tout de même d’étudier en génie mécanique pour garder les portes ouvertes. Mais ce n’était pas assez. C’est pourquoi elle s’engage dans un double baccalauréat pour compléter un deuxième bac en administration au même moment à l’université McMaster. « J’aimais beaucoup la vente et le marketing et dès que j’ai commencé mes études, j’ai su que je voulais travailler à l’international. C’est pourquoi je suis allée étudier une session au Mexique », lance l’entrepreneure qui s’est aussi impliquée en politique et dans la vie étudiante.

À sa dernière année d’étude, elle a même réalisé une comédie musicale avec les étudiants en génie… une initiative qui est reprise tous les ans depuis! À sa sortie de l’université, en 1999, elle regarde les opportunités et elle postule à des emplois dans des entreprises qui œuvrent sur la scène mondiale. Puis, pour la première fois depuis qu’elle a entrepris ses études, son père lui demande concrètement de joindre l’entreprise familiale; une offre qu’elle n’a pas pu refuser. Elle joint alors Mecfor, une entreprise spécialisée dans la fabrication d’équipements pour les alumineries, en tant que représentante technique aux ventes. À l’époque, l’entreprise fournissait seulement les alumineries du Saguenay-Lac-Saint-Jean et c’était la plus petite division du groupe avec une dizaine d’employés. Au sein de cette petite équipe, Éloïse prend part aux réunions de conception, elle apprend énormément sur les techniques de fabrication et elle fait les liens avec les clients. « Dès le début, j’ai été épatée de voir des idées qui avaient émergé de nos têtes, se transformer en équipements fonctionnels géants », dit-elle. Dans un premier temps, elle cherche à faire croitre la renommée de l’entreprise en positionnant les produits de Mecfor sur l’échiquier québécois. « Je savais qu’on était capable d’offrir nos produits et séduire les clients à l’extérieur du Saguenay », lance la femme qui réussira son défi quelques années plus tard. En 2005, Mecfor réussit à déclasser son compétiteur européen dans les usines d’Alcoa Québec. « Nous avons ramassé la flotte complète. C’est une de mes plus grandes fiertés professionnelles », soutient Éloïse Harvey. Au même moment, elle aide à lancer Mecfor aux États-Unis et dans le reste du monde. « On n’a pas fait de grandes études de marché. On avait le gout d’y aller. On s’est dit que si ça fonctionnait bien ici, ça allait marcher ailleurs, car c’est un créneau de niche très spécialisé », explique la jeune femme de 41 ans. La stratégie a si bien marché que Mecfor détient aujourd’hui 90% du marché nord-américain et l’entreprise est désormais le troisième joueur mondial dans la construction de véhicules destinés à l’industrie de l’aluminium.

Pour certains équipements très techniques, comme la rainureuse d’anodes, Mecfor est même le leader mondial! N’empêche, ce n’est pas facile tous les jours. « Percer à l’international, ça fait glamour, mais c’est rempli de difficultés et d’échecs », lance Mme Harvey qui a appris des erreurs du passé. En 2012, Éloïse Harvey est devenue vice-présidente de Cegertec (à l’époque Cegertec WorleyParsons), puis, en 2015, elle devient aussi vice-présidente du Groupe Ceger, qui compte aujourd’hui près de 600 employés (jusqu’à 1000 lors de certains contrats) et opère un chiffre d’affaires de 150 millions de dollars.

Peu importe la fonction qu'elle occupe, Éloïse Harvey a une préoccupation majeure en tête : contribuer à l’essor économique du Saguenay et créer des emplois dans les régions du Québec. « Je veux continuer à faire fleurir ce que mon père a bâti », lance l’entrepreneure qui est aussi mère de quatre enfants. Encore aujourd’hui, c’est le plaisir de voir des projets se matérialiser à partir d’une idée abstraite qui la fait vibrer. « C’est encore mon plus beau trip de voir des projets en 3D sur les écrans qui deviennent des bras robotisés et des véhicules autoguidés », soutient la femme qui a su faire sa place dans des milieux généralement masculins en ne se laissant jamais déstabiliser par des remarques déplacées. « Le niveau d’intelligence diminue parfois quand un groupe de gars se retrouvent ensemble », conclut-elle en riant.

Revenir au dossier Femmes en génie

Abonnez-vous à nos infolettres pour ne rien manquer