Scientifique de données, le profil dont les entreprises ne peuvent plus se passer

En 2012, le Harvard Business Review présentait la science de données comme « la job la plus sexy » du siècle. En 2019, TechRepublic nomme le métier de scientifique de données comme étant la profession la plus prometteuse de 2019. Les attentes sont définitivement hautes, mais qu’en est-il vraiment? Rencontre avec Fadjiah Collin-Mazile, scientifique de données chez Shopify.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Fadjiah ne se prédestinait pas à cette carrière. En effet, après des études de commercialisation en France et un certificat en comptabilité, elle décide d’aller travailler pour le gouvernement. Puis en 2012, virement de situation, elle choisit de s’inscrire à l’ÉTS au bac en génie des opérations et de la logistique et c’est la révélation! C’est le désir de créer qui l’a poussée vers cette industrie. Elle, qui pensait que la création était réservée aux artistes, découvre que cette industrie est hautement créative. Elle explique : « Le monde qui nous entoure a été créé par des ingénieurs : nos routes, nos ponts, les logiciels, etc. » La jeune femme a envie d’y prendre part. Et elle a un grand atout : elle adore les mathématiques.

Comment devient-on scientifique de données?

« Depuis le début de mes études, j’ai fait mes stages en l’analyse de données. Lorsque j'étais en commercialisation en France, j’ai travaillé dans le milieu de la culture. Mon rôle était de quantifier l’impact qu’un portail web aurait sur la gestion des abonnements de théâtre. Par la suite, j’ai travaillé dans le milieux du transport où je modélisais les données et émettais des statistiques pour les flux routiers à Montréal. L’année suivante, j’ai travaillé dans le milieu ferroviaire où je faisais de l’analyse statistique portant sur l’impact des bris mécaniques sur les horaires de train. »

Mais sans équivoque, le point tournant de la carrière de Fadjiah Collin-Mazile a été quand elle a co-fondé la startup Growclean au Centech, qui a reçu le prix entrepreneuriat du concours Inventer le monde de demain 2016. « Notre objectif était de construire un jardin autonome intelligent qui permettrait de contrôler l'humidité, la lumière et les recettes de fertilisants dans le but d'optimiser la croissance et le goût des fines herbes et des légumes. Ce qui était tout un défi, car on avait très peu de connaissances en agroalimentaire et de surcroît, il existe une grande variété de combinaisons d’intensité de lumière, de taux d'humidité et de types de fertilisant... Donc par où commencer? Par les statistiques évidemment! »

Scientifique-de-données

De la volonté de comprendre les phénomènes... à scientifique de données

En effet, les statistiques peuvent aider à déterminer quelle est la combinaison optimale de lumière, d'humidité et de fertilisant pour la croissance d’une plante. Fadjiah s'est alors intéressée au plan d'expérience factoriel, une technique d'expérimentation et d’analyse statistique qui permet de réduire le nombre de combinaisons testées et d’inférer les résultats des combinaisons non testées.

« Je me suis alors construit une serre à la maison pour faire des plans d'expérience factoriels, collecter les résultats et analyser les données et en apprendre plus sur les éléments qui impactent la croissance des plantes. C’est d’ailleurs ce que j’adore dans la science de données, c’est que ça peut être utilisé pour faire de la rétroingénierie. »

Scientifique de données : un état d'esprit dès l'apprentissage

Les logiciels que Fadjiah utilisait pour faire de l’analyse sont devenus rapidement limitants. Elle décide alors d'apprendre à programmer. Mais ne trouvant pas de formation "type", elle n'a d'autre choix que de le faire par elle-même. Fadjiah a ainsi suivi des cours en ligne, participé à des meetups, écouté des podcasts, est allée à des conférences, a posé des question sur des forums et suivi des tutoriels. « Les cursus à l’université en science de données sont rares, ce qui force les professionnels à se tourner vers des ressources en ligne. »

Un jour, Fadjiah s'est rendue à un meetup de PyLady, un regroupement de femme qui programme en Python, qui se tenait à Shopify. Elle y fait la rencontre de Françoise, la Lead en sciences de données à Montréal et lui parle de son parcours et de Growclean.

Cela tombait bien, Shopify recrutait justement des gens qui avaient des compétences techniques en analyse de données, qui savaient apprendre par eux-mêmes et qui avaient déjà travaillé dans un contexte de startup. Elle applique alors et décroche le poste.

Mais qu’est-ce que ça fait vraiment un scientifique de données?

Un.e scientifique de données est chargé de recueillir, d'analyser et interpréter de grandes quantités de données afin de trouver des regroupements, identifier des tendances et extraire des connaissances, et ce, au moyen de techniques statistiques et d’apprentissages machine.

Chez Shopify, les scientifiques de données travaillent en étroite collaboration avec l’équipe produit. Soit ils identifient une tendance et en informent l'équipe produit, soit l'équipe produit décide d’implanter une nouvelle fonctionnalité et demande aux scientifiques de données de confirmer leur intuition.

Scientifique de données : un métier plein d'avenir

On l'indiquait en début d’article, le métier de scientifique de données est très en demande. « C'est un domaine très intéressant, mais également très vaste. Être scientifique de données, c'est être à la jonction entre les connaissances en statistique, la programmation et l’expertise du sujet. Fadjiah précise que les titres des métiers ne sont pas toujours uniformisés : certains sont spécialisés en apprentissage machine, certain en l’ingénierie de données et d'autres en économie behavioral, et tous, ont des titres de scientifiques de données. »

En réalité, aujourd'hui, ce sont les entreprises elles-mêmes qui définissent le métier. Le marché de l’emploi est en telle demande que les travailleurs n’hésitent pas à se réorienter. « C'est surprenant de voir la variété de personnes qui travaillent dans le domaine. On trouve autant des statisticiens qui apprennent à programmer ou des programmeurs qui apprennent la statistique. Nous avons même dans notre équipe un designer qui est devenue scientifique de données, raconte Fadjiah Collin-Mazile, c’est vraiment un domaine stimulant! »

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