Pierre-Olivier Pineau, HEC Montréal | transition énergétique : l’inaction coûte cher

Les enjeux qui touchent à la transition énergétique sont si grands qu’ils peuvent parfois donner le sentiment de flotter au-dessus de nos têtes, ou pire, d’être désincarnés.

Or, contrairement à cette impression, les différents éléments nécessaires à la réussite de la transition énergétique sont concrets, et même au cœur de nos comportements de consommateurs d’énergie.

C’est ce que nous invite à réaliser Pierre-Olivier Pineau, professeur titulaire à HEC Montréal et titulaire de la chaire de gestion du secteur de l'énergie, avec qui je me suis récemment entretenu dans le cadre de la 5e édition des Rencontres de génie.

Incitatifs économiques

Il faut des changements très importants dans les incitatifs économiques auxquels nous faisons face comme consommateurs nous dit Pineau. Un outil au cœur des débats publics entourant ces changements est évidemment la taxe carbone, « une politique nécessaire, mais qui n’est pas suffisante » affirme-t-il.

La tarification des routes et des véhicules doit également figurer au menu des politiques publiques censées et dont on ne peut se passer. La favorisation de l’essor de solutions alternatives à l’utilisation de la voiture individuelle comme le transport actif, le covoiturage, le partage de véhicules et le transport en commun est également essentielle, puisque les solutions de rechange doivent être disponibles si on ne veut pas que les mesures de tarification, notamment du carbone, soient perçues négativement.

C’est probablement ce qui se passe actuellement au Canada où la Saskatchewan, l’Alberta, l’Ontario et le Nouveau-Brunswick contestent la taxe carbone du gouvernement fédéral devant les tribunaux.

« Il y a certainement un problème de communication, en ce qui concerne la taxe carbone, explique Pineau. La transition énergétique peut se faire au bénéfice des consommateurs », notamment par le réinvestissement des sommes d’argent perçues.

Le défi de la transition énergétique est donc double, puisqu’il se situe non seulement au niveau des habitudes de consommation des gens, mais également de la communication des politiques publiques qui sont implantées.

Éduquer le consommateur

Pierre-Olivier Pineau croit qu’il est possible « d’éduquer le consommateur » sur les questions énergétiques. Fournir de l’information pour lui faire connaître la structure de prix de l’essence et de l’électricité, par exemple, serait un geste simple et efficace de rehausser les connaissances des citoyens et de leur permettre de comprendre les politiques publiques qui concernent l’énergie plutôt que de générer de la frustration.

Cela donnerait aussi un portrait d’ensemble et éviterait de faire croire aux consommateurs qu’une seule solution est nécessaire pour parvenir aux objectifs multiples de la transition énergétique, dont notamment la réduction des émissions de gaz à effet de serre. C’est notamment le cas de l’électrification des transports qui est souvent présenté comme une panacée dans l’espace public.

« L’électrification des transports est inévitable. (…) Le problème est qu’on la présente comme une solution miracle ! » Or, la réalité est qu’il « …faut qu’on ait moins de véhicules individuels point à la ligne. » Présenter aux citoyens l’électrification des transports comme une solution qui leur permettrait de ne pas modifier leur mode de consommation énergétique est donc trompeur, et ultimement contre-productif, puisque cela entretient l’illusion qu’aucun changement dans nos façons de consommer l’énergie n’est nécessaire.

L’inaction coûte cher

Or, la transition énergétique doit justement être vue comme un ensemble de changements dans la manière de consommer l’énergie, car c’est justement la façon dont nous consommons l’énergie qui fera en sorte de modifier l’offre de produits énergétiques.

Pendant que l’on débat sur la cohérence de construire de nouvelles infrastructures pipelinières à travers le Canada, nous perdons de vue que si la demande pour les hydrocarbures fléchit, l’offre fléchira également.

Pendant que nous débattons à savoir s’il était à propos de nationaliser un oléoduc au coût de 4,5 milliards $, nous perdons de vue que ce sont 12 milliards $ par années qui se dépensent au Québec dans l’achat de nouveaux camions légers.

La transition énergétique peut et doit, donc, impliquer davantage les consommateurs. C’est le seul moyen non seulement d’atteindre nos objectifs environnementaux, mais de mieux utiliser notre argent, car il va sans dire : l’inaction coûte cher.

 

 

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