Ingénieur et travailleur autonome

Simon DavidsonEn 2016, près de 55% des répondants à l'Enquête sur la rémunération des professionnels en génie exerçaient comme travailleur autonome. Parmi ceux-ci, 60% étaient âgés de 55 ans et plus. À l'échelle du Québec, cette catégorie de travailleurs représentait, en 2015, 13,6% de la population active. Que ce soit pour le défi, la flexibilité de l’horaire ou par pur hasard, les raisons de vouloir travailler à son compte sont nombreuses. Le RéseauIQ propose un regard sur cette tendance grandissante à travers le parcours et la vision de deux ingénieurs aux parcours très différents.   

Après des études en génie électrique et un premier emploi dans le secteur des mines et des métaux et du transport intelligent, Simon Davidson a joint les rangs de Johnston-Vermette comme directeur de développement des affaires.

"J'étais en charge de positionner et de diversifier les marchés de l'entreprise pour conserver et bonifier l'expertise unique de Johnston-Vermette"

C'est en 2016 qu'il décide de se lancer dans la consultation en gestion d’entreprise et de projets. 

 Robin Boudreault

Pour sa part, Robin Boudreault, ingénieur mécanique et aérospatial, n’avait pas choisi d’être travailleur autonome.

 Au départ, c'est plus un hasard qu'une volonté. Maintenant que j'y baigne depuis quelques années, j'y vois les avantages et les inconvénients. 

Après avoir enchainé quelques emplois dans le secteur aérospatial, Robin a choisi de travailler à la pige comme concepteur de moule en 3D pour une entreprise spécialisée en fabrication de moule d'injection.

 Dans mon esprit, c'était un travail temporaire, en attendant de trouver un vrai emploi. J'ai ensuite voulu acquérir mes logiciels et mon propre ordinateur. Sans trop réfléchir, j'ai contracté un emprunt de 15 000$ à la banque pour acheter mon équipement. J'ai fait quelques appels pour trouver d'autres contrats, et tout a commencé comme ça, lentement. 

Malgré tous les avantages, le choix d'exercer comme travailleur autonome comporte aussi son lot de défis. Pour Robin Boudreault, le principal défi a été le renouvellement de la clientèle.

« On entre dans une phase creuse et l'épuisement financier et moral nous pousse à renvoyer des CV pour redevenir salarié. La sécurité d'emploi est inexistante et les clients n'investissent pas en vous pour de la formation continue.»

Pour Simon Davisdon, le fait de devoir exécuter le travail tout en développant les ventes représente un défi continuel. Défi qui est amplifié dans une industrie où la réputation de l’ingénieur est mise à rude épreuve, et où l'on assiste à une consolidation de grandes firmes de génie, ce qui rend encore plus difficile l’accès aux contrats publics.

LE TRAVAIL AUTONOME : UNE VOCATION ?

Interrogés sur le nombre d'années optimal à accumuler avant de se lancer à son compte, la réponse des deux entrepreneurs est sans équivoque. Pour se distinguer, l'aspirant travailleur autonome doit offrir un travail de qualité. Il est donc important de passer quelques années sur le marché du travail avant de se lancer à son compte. Selon Robin Boudreault,

« Un travailleur autonome apporte immédiatement du savoir à son client. Pour être autonome, on doit acquérir un certain bagage, et les années d'expérience vont varier en fonction de ce que l'on offre. Une expertise de modélisation 3D s'acquiert en un an de pratique mais on ne devient pas un spécialiste du domaine dans ce laps de temps. »

Même son de cloche du point côté de Simon Davidson :

« Pour se lancer dans le marché public, plusieurs clients exigent un minimum de 10 ou 15 ans d'expérience du chargé de projet dans un secteur d'activité très précis. Pour le marché privé, c'est seulement une question d'expertise et de prix. L'expérience que j'ai acquise en entreprise a été déterminante dans mon apprentissage. Je crois que 5 à 10 ans d'expérience est un excellent nombre d'années. Mais il est encore plus important d’avoir l'intérêt et de vouloir prendre le risque.»

OPTIMISME ET PERSÉVERENCE

Ce sont les deux qualités indispensables à posséder pour démarrer une entreprise selon Simon Davidson.

« Je crois que l'optimisme, la persévérance et une bonne gestion du risque sont des caractéristiques essentielles. Il y a toutes sortes d'entreprises et de cultures d'entreprises, alors je ne crois pas qu'il existe un profil idéal pour réussir en affaires. Encore faut-il définir ce qu'est la réussite. Pour ma part, la réussite passera par la reconnaissance de ma valeur sur le marché, la réalisation de projets durables pour la société et la création d'un milieu de travail stimulant et propice à l'épanouissement. »

L’ingénieur qui désire se lancer à son compte doit aussi s’assurer de posséder des notions de marketing, finances et gestion. Selon Robin Boudreault, il faut savoir se vendre, savoir comment trouver des clients, avoir un service en demande, pouvoir travailler seul et avoir de bonnes réserves financières.

 QUEL EST LE VISAGE DU TRAVAILLEUR AUTONOME EN GÉNIE DE DEMAIN?

Selon Simon Davidson, une prolifération de petites entreprises hyper spécialisées verront le jour d’ici 5 ou 10 ans.

« Ceci répondra aussi bien à la volonté de nombreux ingénieurs de travailler dans des environnements moins corporatifs et plus flexibles, qu'aux plus petits clients offrant des contrats moins lucratifs que seules de petites firmes pourront entreprendre. Toutefois, si l'accès aux marchés publics demeure tel qu'il est aujourd'hui, plusieurs petites firmes n'auront d'autre choix que de grossir, fusionner ou se faire acquérir par des plus grosses firmes. »

L’important pour un professionnel qui décide de se lancer en affaire est donc de se demander ce qu’il veut et de déterminer les moyens à mettre en place pour y parvenir. C'est certes un parcours parsemé d’embuches, mais sans nul doute, des plus enrichissants.

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