Plan de carrière, utile ou pas? Entretien avec Hassan el Bouhali

C’est une question classique d’entrevue : où vous voyez-vous dans 10 ans? Classique, mais pas simple.

La vie, avec ce qu’elle a d’imprévisible et parfois même de tragique, n’est pas un long fleuve tranquille. Parlez-en à tous ces jeunes professionnels fraîchement sortis de l’université qui doivent se trouver un emploi dans les présentes circonstances marquées non seulement par des mesures sanitaires qui limitent drastiquement les rapports humains, mais également par un contexte économique difficile.

Pensons également à tous ces entrepreneurs sur qui pèse un risque de faillite, pouvant parfois anéantir jusqu’à des années d’efforts et d’investissements. Cette pandémie fait un pied de nez à tous les planificateurs et à toutes les prédictions savantes que nous avions pu faire pour l’année 2020. « À quoi bon planifier? », se diront donc certains. Or, bien que la colère et le découragement soient compréhensibles dans les circonstances, on voit déjà poindre les limites d’une telle posture.

C’est que l’absence de planification nous fait courir le risque de ne jamais voir nos désirs et ambitions se réaliser. C’est le constat auquel en est venu Hassan el Bouhali, SVP Systèmes d’Information et Transformation Digitale (SVP & CIO) à The Woodbridge Group, avec qui je me suis entretenu.

Une question de nécessité

Un plan de carrière : est-ce utile ou pas? Hassan répond par l’affirmative, avec des nuances.

« Est-ce que j’avais un plan de carrière formel lorsque j’étais un jeune professionnel? La réponse, c’est non » me dit d’entrée de jeu Hassan. Ce sont d’ailleurs ses premières années sur le marché du travail qui vont le convaincre d’entretenir une réflexion sur sa carrière et de se doter d’un plan de carrière en bonne et due forme. « J'ai atterri en génie par hasard, parce que j’étais bon en mathématiques et en sciences. Mes frères et mes professeurs me disaient que je devrais devenir ingénieur, donc je me suis inscrit à l’ÉTS. C’est en sortant du monde des études et quand j’ai découvert le monde du travail en génie que j’ai eu un choc. Je trouvais ça tellement plate de faire des circuits électriques toute la journée! Je me suis dit : mais qu’est-ce que j’ai fait? »

À l’époque, Hassan travaille au sein d’une entreprise à la fine pointe des technologies de l’électronique, mais rien n’y fait : il s’ennuie. « C’est là que je me suis dit que ça me prenait un plan de carrière. »

Réfléchir et consolider

Hassan entreprend alors une réflexion sur son avenir professionnel, large question à laquelle il ne réfléchit pas seul. « J’ai deux amis qui m’ont beaucoup aidé dans cette réflexion et qui m’ont suggéré de viser la gestion de la technologie. J’ai aussi parlé à des spécialistes en gestion de carrière. »

Ce processus réflexif fait prendre une direction différente à sa carrière. Il passe d’ingénieur en recherche et développement à gestionnaire de projets, puis il gère également du personnel. Hassan apprécie ce changement vers la gestion et décide alors de consolider son profil en s’inscrivant à la Maîtrise en administration des affaires (MBA) à HEC Montréal qu’il obtient en 2003.

« C’est pendant mes études au MBA que j’ai compris que les TI étaient plus qu’un simple service au sein des entreprises, mais investiraient également la sphère de la stratégie d’affaires. Il faut savoir que les TI, à l’époque, c’était émergeant. Un peu après mon MBA, c’est devenu clair pour moi que mes décisions de carrière devaient pointer vers le fait que je devienne un jour CIO d’une entreprise. »

Le plan d'Hassan a fonctionné, puisqu’il occupe la fonction de CIO depuis 2007, d’abord chez Rio Tinto Alcan de 2007 à 2015, ensuite chez BRP de 2015 à 2017 et finalement chez The Woodbridge Group depuis 2017.

Une boussole

Quelle a été la recette de son succès? « Il faut que tu entretiennes tes connaissances dans les domaines d’expertise pour lesquels tu as un intérêt. Il faut que tu évolues dans des domaines où tu as le goût d’apprendre tous les jours et d’évoluer là-dedans. Il faut aussi être honnête envers ses capacités personnelles. Par exemple, il ne faut pas aller en gestion si on n’a pas envie de gérer des gens, d'avoir à délibérer avec trop de monde pour régler des problèmes, ou de naviguer dans l’ambiguïté et la complexité. »

Il faut également être prêt à saisir des opportunités lorsqu’elles se présentent, sans quoi le train peut passer sans qu’on ne puisse y embarquer. Il est à noter que ces opportunités en question, d’une part, se présentent de façon hasardeuse et, d’autre part, peuvent ne pas concorder avec les intérêts professionnels de la personne à qui on les propose.

« Dans la vie, il y a des opportunités qui vont se présenter et qui ne sont pas toutes bonnes. Elles peuvent avoir l’air intéressantes sur le plan financier ou flatter notre ego, mais il faut rester aligné(e) sur nos intérêts, nos valeurs et sur ce qui nous allume. Ça m’est arrivé de refuser une proposition, car elle ne cadrait pas avec mes intérêts personnels et professionnels, bien qu’elle soit intéressante au niveau du salaire. »

Ainsi, afin de faire les bons choix en temps opportun, il est plus important d’avoir une bonne boussole intérieure que d’avoir une idée exacte de là où on veut atterrir. En d’autres termes, un plan de carrière devrait davantage nous insuffler une direction que tout planifier à l’instar d’un plan quinquennal.

Réflexivité et responsabilité

Hassan croit également qu’il faut se permettre de revisiter nos priorités et d’ajuster nos plans en conséquence. « Il y a des gens que l’on rencontre qui nous font changer nos priorités, et des opportunités qui font changer notre parcours. Ceci peut arriver à n’importe quel âge. Même rendu dans la quarantaine, ça ne m’étonnerait pas du tout de me retrouver demain à faire quelque chose de très différent de ce que je fais aujourd’hui. »

Il insiste également sur la responsabilité de chacun à gérer son image de marque personnelle. « C’est important de ne pas laisser les recruteurs, les ressources humaines, nos managers ou n’importe qui d’autre définir qui on est. C’est important de gérer son brand et son parcours. Parfois, il faut prendre des décisions difficiles, comme quitter un bon emploi, pour ne pas avoir une étiquette qui ne nous convient pas. »

Hassan nous invite donc à un double travail de réflexivité et de responsabilité. Si les chemins tracés n’existent pas, nous devons naviguer dans l’inconnu, à tout le moins l’incertitude, et nous doter des bons outils pour ce faire. Un plan de carrière souple, issu d’une réflexion tant intérieure que sur la réalité du marché de l’emploi, que l’on se permet de remettre en question selon les changements de circonstances, apparaît un moyen concret et fort utile pour donner une trajectoire à notre carrière.

Alors, où vous voyez-vous dans 10 ans?

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Photo de couverture par Andrea Piacquadio provenant de Pexels.

 

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