Du génie pour la société : génie logiciel et accessibilité

La profession d’ingénieur est certainement l’une de celles qui ont le plus d’impact sur notre niveau de confort matériel et humain. On peut le constater chaque fois que l’on emprunte les réseaux de transport, que l’on s’éclaire la nuit grâce à l’électricité ou que l’on accède à internet via différents gadgets électroniques (tablettes, téléphones portables, ordinateurs, etc.). On a pu également le constater plus récemment par les exploits qu’on accompli des ingénieurs québécois qui ont développé un respirateur peu coûteux, simple, facile à utiliser et à construire, et pouvant servir aux patients souffrant de la COVID-19.

L’impact humain et sociétal est au cœur de la profession d’ingénieur et si les exemples susmentionnés ne vous en convainquent pas, le parcours de l’ingénieur logiciel qui suit vous fera assurément changer d’idée. Entretien avec Guy Ngowa, développeur web et chef de l'accessibilité chez GénieLab.

Du génie pour la société

Lorsqu’il était enfant, Guy rêvait de devenir médecin. Atteint de paralysie cérébrale, il a toujours voulu que la profession qu’il choisirait lui permette d’avoir un impact humain sur la société, notamment auprès des personnes en situation de handicap. Or, à l’heure des choix de carrière, c’est plutôt en ingénierie qu’il décide de poursuivre ses études. Guy explique : « Quand je suis arrivé à l’âge de choisir la filière dans laquelle je souhaitais évoluer, c’est ma mère qui m’a dit que ma motricité ne me permettrait pas de faire la médecine. C’est pour ça que j’ai décidé de me tourner vers le génie logiciel. Je voulais créer des logiciels qui permettraient aux personnes en situation de handicap de mieux s’intégrer à la vie en société. »

Guy, qui fait ses études collégiales au Cameroun, envisage alors de faire ses études supérieures à l’étranger. La France et le Canada figurent sur son écran radar. « L’École dans laquelle j’ai fait mon diplôme d’études collégiales, l’Institut Universitaire de la Côte, avait un partenariat avec un collège canadien, le Collège communautaire du Nouveau-Brunswick. J’avais donc la possibilité de postuler dans une université canadienne avec une équivalence de diplôme d’études collégiales [DEC] canadien. Ce qui m’a fait choisir le Canada, c’est avant tout la continuité de mon diplôme fait au Cameroun, mais c’est aussi ma situation de handicap. Il y avait plus de ressources ici qu’en France. »

Avec le soutien de son père, Guy est d’ailleurs entré en communication avec l’École de technologie supérieure (ÉTS) pour leur expliquer sa situation et s’enquérir des ressources qui pourraient être mises à sa disposition par l’École. « Je leur ai expliqué clairement et directement ma situation et j’ai demandé si c’était possible de faire mes études là-bas. Ils m’ont dit que oui et qu’il n’y avait pas de problème. »

Guy avait fait son choix : celui du Canada et de sa principale faculté de génie francophone, l’ÉTS.

Guy Ngowa, développeur web et chef de l'accessibilité chez GénieLab.

Dates importantes

Guy est un homme décidé qui poursuit avec détermination sa raison d’être. Il est aussi, plus accessoirement, mais non moins notoirement, un homme de dates. Lorsqu’on lui parle, on a l’impression qu’il a une mémoire immaculée de toutes les dates importantes de sa vie! Il arrive au Canada le 8 août 2013, me dit-il. « Je m’en souviendrai toujours. La séparation avec la famille, ça marque! »

Il amorce alors son baccalauréat en génie logiciel. « Au départ, j’hésitais entre les programmes en génie informatique et génie logiciel, mais je me suis rendu compte que le génie logiciel offrait davantage de perspectives d’avenir pour moi. Par ailleurs, ma motricité ne me permet pas de manipuler les outils avec une certaine précision. Or, en génie informatique, on demande souvent de faire le montage réseau, etc. ».

Ses études le forment à la conception de logiciels, à la programmation et la gestion de projets en génie logiciel. Par suite de sa diplomation, il est embauché chez GénieLab, un organisme à but non lucratif (OBNL) qui développe des produits ainsi que des ateliers pour les jeunes de 8 à 17 ans dans le but de leur apprendre les rudiments de la programmation, de l’électronique et de l’intelligence artificielle. Il arrive chez GénieLab le 5 octobre 2020 – qu’est-ce que je vous avais dit? – en tant qu’ingénieur junior et développeur web. « Ils m’ont demandé de faire des recommandations pour l’amélioration de leurs produits en lien avec les usagers en situation de handicap. Après quelques recommandations, ils m’ont donné officiellement le rôle de chef de l’accessibilité. »

Chef de l’accessibilité

Aussitôt arrivé, aussitôt assigné à d’importantes responsabilités! Or, en quoi consiste ce rôle? « Je recherche en permanence les moyens d’accommoder les produits aux personnes en situation de handicap. Aussi, j’élabore les processus de fabrication des produits en tenant également compte de ces personnes. C’est un peu comme si je faisais des études de cas d’utilisation, mais spécifiquement pour les personnes en situation de handicap. » Un peu comme un consultant UX? « Exactement! » rétorque-t-il.

Il n’y a pas de confusion à y avoir, Guy est sur son « x ». Son travail le passionne et correspond à ce qu’il a toujours voulu faire depuis qu’il a fait le choix d’étudier en génie. « Ma condition de handicap m’aide beaucoup dans mon travail, car je n’ai pas seulement le point de vue d’un ingénieur, mais également celui d’une personne en situation de handicap. Et quand je couple les deux, je suis parfaitement à ma place dans mon poste. Je remercie d’ailleurs GénieLab de m’en avoir donné l’occasion. »

En somme, Guy est un professionnel qui a non seulement su faire sa place, mais qui travaille tous les jours à ce que d’autres trouvent la leur au sein de la société. Guy fait son bout de chemin, mais il ne s’arrête pas là. Il trace également la voie pour de nombreuses personnes qui peuvent profiter de son travail ou encore s’inspirer de sa vision et de ses accomplissements. En outre, Guy a réussi à changer sa propre vie, mais il change aussi la vie des autres autour de lui. Il est un parfait exemple de l’ingénieur au service de sa société.

 

Photo par ThisisEngineering RAEng via Unsplash.

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