Les visages de l’entrepreneuriat : 4 questions à Olivier Germain

En 2016, près de 55% des répondants à l'Enquête sur la rémunération des professionnels en génie exerçaient comme travailleurs autonomes. Parmi ceux-ci, une vaste proportion d’entrepreneurs s’affaire quotidiennement à décrocher des contrats, créer des emplois et générer de la valeur pour le Québec. Certes, le processus entrepreneurial débute par l’intention d’entreprendre, mais qu’ont en commun les entrepreneurs derrière les entreprises d’ici? Outre le leadership, la passion et le sens des affaires, quelles sont leurs grandes forces? Existe-t-il une recette magique pour réussir en affaires? C’est ce que nous avons demandé à Olivier Germain, Professeur au Département de management et technologie de l’ESG UQAM qui s’intéresse entre autres aux questions reliées à l’identité entrepreneuriale.

Quels sont les mythes les plus répandus au sujet de l’entrepreneuriat ?

Beaucoup de mythes circulent sur le champ de l’entrepreneuriat. J’essayerai d’en retenir certains qui ont la peau dure. Le premier consiste à croire que l’entrepreneur doit avoir une idée pour démarrer – la pratique montre que c’est plus le potentiel de l’individu et la bonne exécution qui permet d’entreprendre qu’une idée géniale trouvée sous la touche.

Deuxièmement, les démarches hyperplanifiées et le sacrosaint plan d’affaires sont aujourd’hui, de plus en plus abandonnées au profit de démarches souples par essai erreur ou l’entrepreneur questionne en permanence ses hypothèses. Enfin, il existe un mythe concernant la figure héroïque de l’entrepreneur dont le portrait-robot ressemble à un homme occidental, seul, dans la force de l’âge et, il faut le dire, de couleur blanche, qui entreprend dans le domaine marchand. Ce mythe a tendance à exclure tout un pan de la société – les femmes, les immigrants, les pauvres, les formes solidaires et collectives – qui pourtant, entreprend, mais rencontre parfois des difficultés à être légitimes auprès de nombreuses structures!

Diriez-vous que certains traits de personnalité sont partagés par l’ensemble des entrepreneurs?

L’approche des entrepreneurs par les traits a beaucoup été contestée dans la mesure, encore une fois, où elle cultive l’approche du super héros alors que l’entrepreneur est un héros ordinaire. En fait, on ne dit pas assez que l’entrepreneur élabore son identité en même temps qu’il construit son projet. Je parlerais plutôt dès lors de qualités. La première est la persévérance à laquelle j’associerais la résilience. Entreprendre est une succession de petites épreuves sur la longue durée. Cela passe par des hauts et des bas ; il faut être capable de célébrer les petites victoires. Ensuite, je parlerai de la capacité à s’entourer. Elle est essentielle ; en même temps que l’entrepreneur mène son projet, il ou elle doit être capable de convaincre et d’embarquer des partenaires qui vont solidifier son projet. C’est essentiel : on considère trop l’environnement comme menaçant et pas assez comme un réservoir de ressources. Enfin, je dirais que l’entrepreneur doit être un bricoleur au sens où il doit collecter tout un tas de ressources possiblement utiles à son projet et être capable d’improviser au fil de son parcours.

Quels sont les ingrédients clés pour réussir en affaires?

Il y en a beaucoup. J’en retiendrai quelques-uns. L’entrepreneur gagne à tester très rapidement et en permanence auprès de clients potentiels, de financeurs, etc., son idée sous la forme de prototypes afin d’ajuster en continu le projet. Il ne faut pas hésiter à partager son idée : souvent l’entrepreneur a peur d’être copié. Or, d’abord, l’idée est moins importante que l’exécution. Ensuite, on gagne plus à partager qu’à protéger. Autre ingrédient déjà évoqué : la capacité à enrôler des partenaires et porte-paroles autour du projet. Raconter une histoire convaincante : l’entrepreneur doit être capable de mettre en récit son projet pour convaincre. Dans le même sens, l’entrepreneur doit construire son personnage entrepreneurial qui est autant la vitrine du projet que l’idée. Les investisseurs, par exemple, misent beaucoup sur le potentiel de la personne ou de l’équipe.

Selon vous, la 4e révolution industrielle qui est en marche favorisera-t-elle davantage l’entrepreneuriat ?

Peut-être qu’il y a un paradoxe. D’un côté, elle favorise l’entrepreneuriat en le rendant a priori plus accessible parce qu’elle horizontalise les relations, elle favorise la constitution de collectifs, elle baisse parfois les coûts d’entrée... Elle est aussi plus en lien avec les attitudes des nouvelles générations d’entrepreneurs. D’un autre côté, elle crée peut-être un autre mythe : celui de la facilité d’entreprendre. Elle entraine aussi possiblement des comportements moutonniers ou chacun veut développer son application ou son Uber de tout et rien. Elle pourrait s’accompagner d’échec dès lors pas moins nombreux. Plus largement, je crois que l’essor permis de l’entrepreneuriat va de pair aussi avec une redéfinition de la frontière entre entrepreneuriat et salariat. Et c’est sans doute le challenge de l’époque!


Quelques références pour en savoir plus :

La fiche d'Olivier Germain, Professeur au Département de management et technologie de l'ESG UQAM

Les podcasts de l'émission « Tendances entreprendre » sur CHOQ.ca présentée par le Centre d'entrepreneuriat ESG UQAM   

Le nouveau programme pour stimuler l'esprit entrepreneurial : certificat en dynamiques entrepreneuriales à l'ESG UQAM


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