Gestion des matières résiduelles dans la communauté de Mistissini

Depuis 2008, Julien Rosset intervient comme consultant en gestion des matières résiduelles auprès de la communauté crie de Mistissini. Situé sur le territoire de la Baie-James, à 100 km au nord de Chibougamau, ce village de 3 500 habitants qui vit une croissance de population importante, présente des défis particuliers en ce qui concerne la gestion des matières résiduelles. Lors de la dernière édition d'AMERICANA, Julien Rosset présentait les travaux qui ont permis à cette communauté de réduire les volumes enfouis de 20 à 30%. Le RéseauIQ s'est entretenu avec lui au sujet de la démarche et des apprentissages qui découlent de cette expérience singulière.

Pouvez-vous décrire la complexité du contexte de gestion des matières résiduelles à Mistissini?
Ce qui est commun à ces communautés éloignées, c'est leur obligation, même à très petite échelle, de fournir un ensemble de services municipaux de façon autonome. La majorité des municipalités du Québec peuvent bénéficier du partage de coûts à travers les MRC ou avec les municipalités à proximité. L'éloignement amène une contrainte de coûts, mais aussi, une contrainte de main-d'oeuvre et de formation. De plus, le roulement de main d'oeuvre entraine de la perte de connaissances, ce qui complique la mise en place de certains éléments sur le moyen et le long terme. C'est une réalité à laquelle de nombreuses communautés éloignées font face. Dans bien des cas, les municipalités ne peuvent dédier de ressources formées pour assurer la gestion des matières résiduelles, donc elles gèrent cet aspect comme la dernière roue du carrosse. Ce faisant, on se retrouve avec des sites non maîtrisés, et surtout, un remplissage très rapide. Le contexte règlementaire est aussi particulier. Ce sont des projets sur des territoires fédéraux, les règlements provinciaux ne sont pas forcément applicables. Il faut donc travailler avec les bonnes pratiques et l'engagement des intervenants locaux qui ont le souci et la fierté de faire ça correctement.

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Au-delà des techniques d'ingénierie et des équipements, quels ont été les facteurs clés de succès du programme de gestion des matières résiduelles?
Dans tous les cas, en gestion des matières résiduelles, il y a toujours une dimension d'engagement des citoyens, et ceci est encore plus vrai à Mistissini. Avant 2008, les gens n'étaient pas sensibilisés au tri des matières résiduelles, on mettait tout dans la poubelle, donc au niveau de la sensibilisation au tri des matières, on partait de zéro. Nous avons fourni du contenu informationnel et avons accompagné les membres de la communauté pour qu'ils puissent comprendre les enjeux des programmes mis en place. Nous avons travaillé sur les stratégies en nous inspirant de ce qui se fait ailleurs, tout en s'adaptant aux codes propres à cette communauté dans laquelle nous observons un plus grand effet de groupe. De nombreux événements communautaires ont lieu au cours de l'année, c'est donc plus simple d'aller rejoindre tout le monde.

Quels ont été les éléments innovants d'un point de vue environnemental dans le cadre de ce projet?
La méthode traditionnelle des sites d'enfouissement dans les communautés éloignées, c'est d'ouvrir un trou une fois par année pour y mettre les matières, ce qui ne permet pas un bon contrôle et entraine une plus grande consommation d'espace. On a donc besoin de beaucoup de volume pour enfouir des petites quantités. Dans le contexte du Nord-du-Québec, les sols propices à l'enfouissement se font rares à cause des conditions géotechniques qui ne sont pas favorables. Nous avons donc mis en place des changements opérationnels qui reposent notamment sur le contrôle de l'accès au site d'enfouissement,l'optimisation du design et du personnel formé pour mieux gérer le site, qui, plutôt que durer 15 ans, va durer 30 ou 40 ans. On observe une croissance des quantités de matières recyclables de 20%. C'est encourageant de constater que la communauté a à coeur de poursuivre l'investissement en communication et sensibilisation pour que ça se poursuive. D'autres efforts en ce sens seront mis en place prochainement, dont des programmes de compostage.

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Quels sont les apprentissages que vous tirez de cette expérience?
a prend du temps pour créer des liens de confiance, mais une fois qu'on passe cette étape, c'est très agréable de travailler avec eux. Ça nécessite de s'adapter à leur contexte, de laisser nos préjugés de côté. Nous sommes impliqués depuis 2008, c'est assez rare de pouvoir accompagner des clients de façon aussi approfondie et continue. Ce qui est intéressant, c'est le lien que nous créons sur le long terme. Au niveau du fonctionnement, ici, dans le sud du Québec et dans le reste du Canada, tout est plus rapide, et on est plus exigeants sur les délais. Cette pression, on ne la retrouve pas forcément avec la communauté de Mistissini, c'est plus nous qui mettons de la pression!

 


Pour consulter la présentation complète de Julien Rosset sur les initiatives en gestion des matières résiduelles dans la communauté de Mistissini, cliquez ici.

Pour les questions ou commentaires relatifs à la présentation, vous pourrez communiquer avec Julien Rosset à l'adresse suivante : Julien.Rosset@stantec.com

 

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